Rebond'Art

Création de Rebond'Art

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L'association a été fondée

le 23 octobre 1999 à Ecublens

par Denise Gilliand - réalisatrice de films

avec:

Ernest Ansorge - cinéaste, Laurent Barbanneau - Médecins Sans Frontières, Monique Crettol - déléguée au CICR, Nina Crole-Rees - photographe et graphiste, Alain Maillard - journaliste, Olivier Moret - musicien, Patrick Niederberger - analyste concepteur, Aylin Niederberger - assistante de gestion, Maryse Perret - formatrice à la Croix- Rouge, Raphaël Sibilla - réalisateur, Karine Sudan - monteuse de films

Denise Gilliand, fondatrice de Rebond'Art

Denise Gilliand, née en 1964 en Suisse, grandit dans un milieu de militants gauchistes, socialement très engagés. A l'âge de 16 ans, elle part à l'aventure à Mexico où elle découvre le cinéma en travaillant comme mannequin sur diverses productions publicitaires.

En 1985, elle obtient son diplôme de réalisatrice à l'Istituto di Scienze Cinematografiche de Florence en Italie. De retour en Suisse, elle écrit, réalise, et supervise de nombreux films de commande. En 1989, une campagne audiovisuelle de prévention du sida lui fait découvrir la profondeur de la souffrance qu'il peut y avoir derrière l'exclusion. C'est pour elle le début d'un engagement : donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, rendre humanité et dignité à ceux que la société rejette.

Son premier long métrage de création « Mon père, cet ange maudit » sort en 1994, elle a alors 30 ans. Elle racontera aussi l'histoire de ce gangster condamné à perpétuité devenu peintre en prison dans un livre publié en 2002, « Gangsterino ». En réalisant « Mon père cet ange maudit » puis « Femmes du No Future » et « Les bas-fonds » — film nominé pour le prix du cinéma suisse, elle prend conscience de la puissance de l'art comme outil de rebond.

Elle fonde alors, le 23 octobre 1999, l'association « Rebond'Art » dont le but est de soutenir des projets culturels réalisés avec des personnes démunies.

Denise Gilliand

Interview de la fondatrice : Denise Gilliand, cinéaste

Comment vous est venue l'idée de fonder Rebond'Art?

J'ai réalisé en 1998 le film « Les Bas-Fonds » qui relate une année d'un atelier théâtre où une trentaine de sans-abris parisiens endossent pour quelques mois des costumes d'acteurs. Au final, ils jouent la pièce de Maxime Gorki “ Les Bas-Fonds ” au Théâtre National de Chaillot et c'est un triomphe. Cette aventure montre qu'il est possible de réaliser un travail de qualité avec des gens considérés comme difficilement ré-insérables. Ce qu'on voit, ce sont des gens de la rue qui deviennent de très bons acteurs. Le film les suit de la première prise de contact avec le metteur en scène, Serge Sàndor, à la dernière représentation publique. Et on constate qu'en un an, ils se métamorphosent. Il est frappant de voir à quel point, au fil de l'année, l'activité théâtrale leur rend une identité et une bonne dose de confiance en eux. Cela se voit même physiquement: au début, la plupart d'entre eux ont des problèmes de vue, de diction, de dentition. En cours de route, ils achètent des lunettes ou se font faire des dents. Ils retrouvent l'envie de communiquer, de s'intégrer à un groupe. Et le résultat est un vrai succès, alors qu'il s'agit d'une pièce exigeante, difficile à monter, même avec des acteurs professionnels.

De retour en Suisse, j'ai constaté qu'aucune structure n'existait ici pour permettre ce type de projet. C'est ainsi que m'est venue l'idée de créer Rebond'Art. J'avais deux objectifs: rendre la culture accessible aux plus démunis en offrant des billets de spectacles gratuits sur le modèle de ce que faisait Coluche à Paris, et monter des projets culturels d'une certaine envergure avec des personnes cabossées pour leur redonner confiance en leurs potentiels. D'autres convaincus m'ont suivi dans ma démarche et, ensemble, nous avons fondé Rebond'Art le 23 octobre 99, le jour de mes 35 ans. Un joli cadeau d'anniversaire…

D'où vous vient cet intérêt pour les exclus?

Le fait qu'on les cache, particulièrement en Suisse. Les exclus témoignent des dysfonctionnements de la société. Or on voit et l'on entend souvent des experts qui parlent de l'exclusion, qui réfléchissent, qui analysent. J'ai toujours voulu saisir la réalité de plus près. Entendre les exclus eux-mêmes, les premiers concernés. Comprendre ce qui les fait survivre – c'est peut-être à la base de ce qui nous fait tous vivre. De plus, ces gens me touchent par leur fragilité.

Quel lien faîtes-vous entre l'art et le social?

Voici 20 ans que je travaille comme réalisatrice de films, spécialisée dans le documentaire à caractère social. J'ai tourné en prison, dans la rue, avec des sans-abris, des toxicomanes, des chiffonniers d'Emmaüs. En filmant des personnes très cabossées par la vie, j'ai pu constater qu'en situation de détresse, la plupart perdent confiance en leur capacité d'agir et, de ce fait, cessent rapidement d'être en lien avec le monde environnant. Par ailleurs, en observant dans différents milieux ceux qui font acte de résilience, j'ai acquis la conviction que la pratique d'activités créatrices est un outil puissant de valorisation de soi et de re-construction. En un mot, l'action créatrice fournit l'énergie du rebond à des personnes que la vie a abîmé et qui sont momentanément en difficulté.

N'est-ce pas finalement de l'art thérapie que vous proposez?

Non car la notion de représentation publique ou d'exposition est très importante dans la démarche de Rebond'Art et unique en Suisse romande à ma connaissance. En art thérapie, on protège l'intimité et les œuvres sont rarement montrées. Pour moi, les démarches sont totalement différentes. Si on ne montre pas les œuvres, on perd l'objet de valorisation via la presse et le public. Une oeuvre d'art de qualité montrée au public permet à son créateur de renouer avec le monde environnant dans un sentiment de fierté et de dignité. J'insiste là-dessus car c'est vraiment la particularité de Rebond'Art: toute œuvre issue de nos ateliers est montrée au public et médiatisée. C'est pour cela que nos ateliers sont animés par des artistes passionnés et non par des thérapeutes. C'est cette exposition publique qui permet de renaître au monde en quelque sorte.

N'y a-t-il pas un danger à faire vivre à des personnes démunies une expérience aussi médiatisée et aussi extraordinaire que celle des « Bas-Fonds » par exemple?

Si bien sûr, d'autant plus qu'après les représentations chacun d'entre eux retrouve l'anonymat et la plupart la rue. Il faut donc être honnête et très clair dès le départ en leur disant qu'ils ne deviendront pas acteurs pour autant. Mais faut-il s'interdire de vivre une histoire d'amour sous prétexte qu'elle risque de se terminer un jour? Ou faut-il éviter de prendre des vacances sous prétexte que la reprise du travail va être dure? Je ne crois pas. Il ne faut pas se priver de vivre sous peine que l'on risque de souffrir. Chacun d'entre eux gardera cette expérience en mémoire comme une réussite dans sa vie et sera plus apte à la reproduire.